Un engagement fort
Le mot « engagement » revient régulièrement au cours de notre entretien avec Marlène Grange et Fanny Marie, deux femmes-pompiers de Lamastre. À les écouter, on perçoit toute la profondeur et la sincérité de cet engagement.
Au sein d’une caserne de sapeurs-pompiers volontaires, l’engagement n’est pas qu’un mot. Il implique une disponibilité constante, un esprit d’équipe, de l’empathie, une motivation sans faille, du courage et un dévouement total, des qualités que nos deux interlocutrices incarnent pleinement.

Mais qu’est-ce qui vous a motivées à vous engager en tant que pompier ?
Avant tout, c’est le désir d’aider les gens, sans distinction. Pour Fanny, c’est un trait de caractère fort depuis son enfance. Marlène, quant à elle, apprécie la diversité des interventions et l’adrénaline qui accompagne le déclenchement du « Bip ».
Quelles sont les compétences et les formations requises ?
Les pompiers volontaires suivent des formations spécifiques réparties sur plusieurs stages dans différents centres de l’Ardèche. Ces stages durent entre 2 jours et une semaine, et couvrent des domaines allant du secours à la personne à l’incendie urbain. Ensuite, des spécialités sont proposées. La condition physique doit être travaillée et maintenue, et cela est valable aussi bien pour les hommes que pour les femmes !
Justement, comment se passe l’accueil des femmes dans un milieu traditionnellement masculin ?
Les choses évoluent rapidement. De plus en plus de femmes rejoignent les rangs des pompiers. La première femme pompier ne date que de 1974 ! Aujourd’hui, à la caserne de Lamastre, nous sommes 15 femmes et 20 hommes. En Ardèche, 24 % des pompiers sont des femmes, et deux femmes occupent des postes de chefs de caserne.
Il n’y a aucune différence liée au genre. C’est un travail d’équipe où nous avons les mêmes responsabilités et obligations. Nous avons la chance d’avoir des hommes très ouverts et heureux de travailler avec des femmes. L’entraide reste au cœur de notre quotidien. Nous fonctionnons comme une grande famille ! Le terme « sapeur-pompier » reste masculin, mais cela ne nous pose aucun problème. Une fois en tenue, nous sommes tous pompiers !
Comment conciliez-vous vie familiale, professionnelle et engagement aux pompiers ?
En règle générale, nous avons une obligation de garde d’une semaine par mois, sauf exceptions dues à des contraintes familiales. La garde se déroule du lundi au vendredi, de 19 h à 6 h, et pendant le week-end et les jours fériés, avec des journées et nuits continues. En semaine, les pompiers doivent se rendre disponibles de manière volontaire. Seulement cinq d’entre nous peuvent s’absenter de leur travail grâce à une convention entre le SDIS (Service Départemental d’Incendie et de Secours) et leur employeur. En cas de manque de personnel, d’autres casernes peuvent être sollicitées.
En général, les enfants sont fiers d’avoir un parent pompier, mais ils se plaignent parfois de nos longues absences. Par exemple, une intervention de secours à personne prend au minimum trois heures, car il faut compter le temps d’intervention sur place, le trajet jusqu’à l’hôpital, le retour et le réarmement des véhicules.
Comment gérez-vous l’aspect émotionnel lors des interventions difficiles ?
Nous sommes formés à réaliser les gestes de secours de manière méthodique, ce qui nous aide à prendre du recul tout en restant empathiques. Après chaque intervention, nous échangeons beaucoup entre nous, ce qui est un véritable soutien. De plus, si besoin, l’infirmière peut demander l’activation de cellules d’aide psychologique pour nous accompagner.
Quelles sont vos préoccupations et vos attentes pour l’avenir des pompiers volontaires ?
Le manque de personnel est épuisant, mais ce n’est pas notre seul défi. Nous effectuons environ 700 interventions par an, mais si nous nous limitons aux missions qui relèvent véritablement de notre domaine (secours à la personne, secours routiers, incendies), ce nombre serait bien inférieur. Il semble que beaucoup de gens aient du mal à discerner ce qui constitue une urgence vitale. Nous recevons souvent des appels liés à des détresses psychologiques ou à des blessures mineures.
Il est important que les gens prennent conscience que nous consacrons de notre temps et de notre énergie pour les aider. Trop souvent, nous constatons un manque de considération, un phénomène qui aurait été impensable il y a vingt ans.
Cela engendre une grande fatigue chez les volontaires, mais malgré cela, nous souhaitons continuer à être présents.
Et qu’en est-il de la solidarité, selon vous ?
Nous redoutons qu’elle disparaisse. Trop de personnes semblent trop centrées sur elles-mêmes et manquent d’humanité et de respect. Il est urgent de susciter une prise de conscience collective pour raviver l’esprit d’entraide et de solidarité. Mais la question demeure : comment y parvenir ?
« Tout seul, on va plus vite, mais ensemble, on va plus loin ! »
