Chapeau les Chaupous !
Aux Chaupous, sur la commune de Lamastre, un panneau annonce : « Agriculture bio et logique », et c’est vraiment ce que l’on ressent au cours de notre rencontre, un organisme agricole équilibré et réfléchi.
Carole et Nicolas se sont rencontrés au cours de leurs études en BTSA- GPN ( Gestion et Protection de la Nature). Ils ont été bergers tous les deux pendant une dizaine d’années, d’abord séparément puis ensemble. Leur projet d’installation a mûri au cours de cette expérience et deux enfants sont venus conforter leur envie de s’installer en agriculture et de créer leur activité. « La brebis, pour nous deux, c’était déjà une passion ! », nous dit Nicolas

L’opportunité s’est présentée en 2009 lors de la visite d’un terrain indiqué par un ami à eux, venu lui aussi des mêmes études. « Je l’ai senti tout de suite, c’est là ! » nous dit Carole. En un an, ils ont monté la ferme et la maison. Nicolas a passé un BPREA ( Brevet professionnel d’exploitant agricole) et a travaillé quelque temps dans des services de remplacement d’agriculteurs, ce qui lui a permis de toucher un peu à tous les domaines. « Le projet, c’était clairement de pouvoir en vivre tous les deux. On a réussi. On a envie de dire à tous : c’est possible ! Et de faire passer un message sur la petite agriculture et la vente en direct ! »
Ce qui fait la particularité de cette ferme, c’est l’élevage et le dressage de chiens de troupeaux, des border-collies exclusivement. Justement, le jour de notre visite, il y a une portée de huit chiots d’environ un mois qui nous fait craquer ! Et nous faisons aussi la connaissance de Lucky, champion de France des chiens de troupeau 2024.

Nicolas utilisait des chiens en alpage et avait aussi fait de la sécurité avec des chiens. Le déclic s’est fait quand, un jour, il a assisté à une démonstration de dressage qu’il qualifie de « magique » et il s’est dit : « Oui, c’est comme ça qu’il faut faire ; ça ne sert à rien d’être « bourrin » et de s’épuiser à crier après ses chiens ! » Il a été « mordu » à partir de ce moment, a fait des formations de dressage, puis, de fil en aiguille, des démonstrations et des concours. Il propose aussi maintenant des formations à des éleveurs qui peuvent venir avec leur chien. Ce sont surtout des femmes qui y assistent, parce qu’elles en ont assez de « faire le chien » sur leur ferme. « On est heureux quand des éleveurs nous disent qu’ils gagnent un temps fou pour ramener leurs troupeaux grâce à un animal bien dressé ! ». Des visites de ferme sont également régulièrement proposées pendant l’été.
Nous avons eu la chance d’assister au travail avec un jeune chien, c’était fascinant ! Celui-ci était dirigé par des consignes en anglais ! Faire tourner les brebis à droite, à gauche, les rassembler, les immobiliser, juste avec quelques mots et intonations. Lucky, le chien champion, était aussi sur le bord du rond de longe mais se tenait immobile parce que, lui, ses consignes sont en français !
On sent une vraie relation complice avec entre l’éleveur et le chien. « C’est un véritable collègue de travail, nous dit Nicolas. J’ai l’impression de danser avec mes chiens. Ils comprennent ce qu’on attend d’eux une fois qu’on a bien posé les règles. Il ne faut pas oublier qu’ils sont, par nature, des prédateurs ; il est très important de bien fixer les limites. Ensuite, c’est de l’intuition, de l’intelligence. Le border collie est un chien d’utilité et non pas de compagnie ; il a besoin de travailler. C’est pourquoi, nous refusons d’en vendre à d’autres personnes que des éleveurs. »
Carole se sent rassurée lorsqu’elle reste seule sur la ferme, elle sait qu’elle peut compter sur les chiens s’il faut changer le troupeau de parc ; ils comprennent tout de suite l’intention.
Nous échangeons ensuite quelques considérations sur ce que devrait être la place juste de l’animal auprès de l’homme en général. « La relation avec l’animal est quelque chose qui manque à l’humanité aujourd’hui, mais une relation équilibrée, qui laisserait les animaux le plus possible dans leur élément et dans leur rythme naturel. L’animal est témoin de notre vie, il peut être un confident. Il nous aide à nous re-connecter à notre humanité, nous enseigne le respect mutuel, nous montre nos faiblesses, devine nos humeurs, nous apprend à être humble, à lâcher prise. Des animaux peuvent se transformer en nuisibles parce que l’homme a déséquilibré la nature. »

Et la place de la femme dans l’agriculture ?
C’est Nicolas qui répond : « La présence de la femme est indispensable ! On a conçu et réalisé ce projet ensemble, on réfléchit et on travaille toujours à deux. La femme apporte un autre regard sur la ferme dans son ensemble, sur les animaux, dans le respect des naissances, le non-interventionnisme. Dans les choix, les décisions importantes, elle est un peu le « garde-fou », elle fait poser les bonnes questions ; l’homme a plus tendance à foncer tête baissée ! La femme sait aussi se ménager davantage et elle peut le transmettre à l’homme (s’il est capable d’écouter !). Il faudrait de plus en plus de femmes en agriculture !».
Leurs deux filles se passionnent déjà pour la nature et les animaux ! Elles suivent les concours de dressage avec enthousiasme. La graine est semée, elle trouvera sûrement un terreau fertile !
Contact : Les bergers des Chaupous. Lieu-dit Les Chaupous 07270 Lamastre
Tel : 06 08 43 19 53
Mail : contact@bergerschaupous.fr
Site : bergerschaupous.e-monsite.com
