Isabelle Gomez   “La mûre gourmande”

Isabelle Gomez “La mûre gourmande”

Rencontrer Isabelle Gomez chez elle se mérite ; mais après une longue montée sur un chemin pierreux se faufilant entre les arbres et les buissons, on est récompensé par un accueil chaleureux, et par une vue superbe depuis la terrasse. Isabelle est une femme dynamique, sensible, passionnée, dotée d’ un esprit curieux assoiffé de connaissances – « Il y a tant de mondes » dit-elle – mais également capable de recul sur les évènements.

Son parcours est exceptionnellement riche et varié. Après des études de philosophie et de langues (anglais, espagnol, russe ), elle a exercé des métiers très différents, s’adaptant chaque fois à ce que lui suggérait/proposait la vie et son environnement : de gardiane en Camargue à œnologue dans la région bordelaise, en passant par élue adjointe à la culture en Savoie – en veillant chaque fois à se former au mieux. Toutes ces expériences ont fini par se cristalliser autour des métiers de bouche, et elle a travaillé pendant une dizaine années  pour l’Organisation des Nations Unies à Genève, en tant que responsable de la restauration lors des rencontres ou événements diplomatiques. “  Des années de folie, nous confie-t-elle, à travailler parfois 70h par semaine !”…jusqu’à un grave accident de voiture qui l’a forcée à faire une longue pause. Cela l’a amenée à une complète remise en question : « Ton corps te dit qu’il faut arrêter ». Et elle a décidé de changer complètement de vie, accompagnée et soutenue par son mari, qui s’est lui aussi lancé dans l’aventure après plus de trente ans de travail dans les banques.

Ils étaient souvent venus à Désaignes pour participer au trail, et c’est là qu’ils ont un coup de cœur pour une ferme qu’ils ont achetée et rénovée.  Au départ, le projet d’Isabelle s’orientait  plutôt vers l’élevage et la fabrication de fromages, puisque c’était quand-même le produit phare de la région. Soucieuse de faire les choses comme il faut, Isabelle s’est formée  à l’ENIL (Ecole Nationale du Lait) et a fait des stages dans les fermes alentour.

Finalement, les événements en ont décidé autrement : une plantation de mûres se trouvait sur le terrain et quand l’agriculteur  a pris sa retraite, il lui a proposé de prendre la suite : « Je n’avais pas d’arguments pour dire non, alors j’ai dit oui !»  Très vite, elle a eu l’idée de valoriser cette production en transformant en confitures, pâtes de fruits et nectars, et en s’engageant dans une démarche de reconversion en agriculture bio. Elle a donc fait une formation de confiserie ! Et créé sa marque “ La mûre gourmande”.

Les débuts étaient difficiles financièrement ; mais elle est très reconnaissante pour l’aide concrète et spontanée et pour les encouragements qu’elle a reçus.

Elle associe l’Ardèche à une notion d’authenticité  :

« Il y a des cœurs et des sourires dispos ici. Quand on te dit bonjour, c’est vraiment Bon jour !  Il y a un vrai réseau humain d’entre-aide, pas un réseau d’intérêts comme en ville. »

Son amour pour la nature et les animaux transparaît dans sa façon d’aborder son travail :

« Je suis infiniment reconnaissante envers la nature pour ce qu’ elle me donne.  Même s’il   est parfois difficile de dépendre des aléas climatiques tels que grêle ou gelées tardives ! Cela donne de l’humilité !”

Isabelle n’a jamais « genré » sa façon de vivre, ni sa façon d’éduquer ses deux filles. Toutefois son expérience d’élue lui fait dire que « devoir prouver pour vivre, c’est très inconfortable ». Elle pense que le genre se nuance actuellement. Par exemple, de plus en plus d’hommes s’intéressent à la cosmétique, et de plus en plus de femmes exercent des métiers qui étaient traditionnellement réservés aux hommes comme l’œnologie, où la présence des femmes permet aux hommes d’exprimer des valeurs dites féminines.

“ Pendant des siècles, on a fait croire aux femmes qu’elles n’étaient pas capables, on nous a élevées dans cette idée. C’est le mal du siècle et de l’occident, le manque de confiance en soi. Heureusement qu’il y a eu des louves et des chiennes enragées il y a quelques siècles. Les femmes ont fait leurs preuves, mais doivent prouver encore et toujours. Cela risque de durer encore longtemps !”

Nous apprenons avec regret qu’Isabelle cesse son activité et vend sa propriété sur Désaignes. Nous lui souhaitons bonne chance pour la suite et nous faisons confiance à son esprit entreprenant pour rebondir.

 

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