Rencontre avec Hélène Huon « une hyper-active boulimique”

Rencontre avec Hélène Huon « une hyper-active boulimique”

Dans son appartement au-dessus du parc Beauregard à Vernoux, le soleil entre à flots et un petit vent fait frémir les partitions sur le pupitre. Hélène nous attend, penchée à la fenêtre.

On se sent tout de suite emportées par son enthousiasme et sa pétillance. Elle se définit elle-même comme « une hyper-active boulimique”.

Pure parisienne “ de souche”, puis voyageuse en Inde, Népal, Amérique du sud, Afrique, pendant six ans, avant de revenir vivre à Lyon, Hélène a finalement choisi l’Ardèche pour s’y établir, il y a une douzaine d’années. Elle ressentait le besoin de se mettre au vert, pour elle et pour ses enfants, tout en n’étant pas trop loin de la ville.

Son métier l’oblige à un mode de vie difficilement compatible avec ce qui est attendu d’une femme en général : les concerts en soirée, les déplacements pour les week-ends, les résidences artistiques d’une semaine entière, demandent de savoir jongler habilement avec la vie de famille.

Hélène a plus d’une corde à son arc ! Elle est prof de chant, de violon, cheffe de chœur, cheffe d’orchestre, intervenante musicale dans diverses structures, formatrice d’intervenants, directrice artistique pour des compagnies de spectacle. Ses compétences et ses diplômes lui permettraient d’être professeur de conservatoire, mais elle veut avant tout rester indépendante et ne pas se spécialiser dans un seul type d’enseignement.

-” Ma polyvalence reste ma force. Je l’ai développée en fonction des demandes du territoire. J’ai réussi à me faire connaître uniquement par le bouche à oreille. Je n’ai même pas de site internet. Mais j’ai toujours assez de demandes !”

Son parcours de formation commence très conventionnellement par le conservatoire, en violon, pendant douze ans, à Paris, puis trois années en école de musique. Elle fait alors exploser le “conventionnel” et devient bassiste, percussionniste et chanteuse dans un groupe de rock, funk, reggae, pendant six ans. Après sa période de voyages, où elle ne touche plus du tout à la musique, elle se forme à la danse pendant cinq ans. Puis elle revient au conservatoire pendant deux ans pour obtenir son diplôme de cheffe de chœur.

A son arrivée en Ardèche, elle est contactée pour former des animatrices de crèches à l’éveil musical.

“ Je me suis régalée pendant deux ans. J’ai permis à des femmes d’oser, de se lancer avec presque rien, juste leur bonne volonté, leur conviction que la musique et le chant sont bénéfiques pour les petits enfants. J’ai compris pourquoi j’étais musicienne : c’est pour être au service de l’humain, pour transmettre du savoir-être, du savoir-écouter, du savoir construire ensemble, tout en restant centré. La musique, je l’honore, c’est un vecteur formidable !”

Son plus gros défi a été de créer un orchestre symphonique à Vernoux ! Il fallait y croire ! Mais Hélène est une battante et elle a réussi. L’orchestre symphonique de Vernoux existe depuis quatre ans. Il comporte une trentaine de musiciens, avec des niveaux différents. C’était un challenge pédagogique et technique pour Hélène, qui s’y est attelée avec passion, allant jusqu’à ré-écrire des partitions pour les adapter aux différents niveaux des interprètes, avec le souci de l’harmonie de l’ensemble. Cet ensemble se produit une ou deux fois par an, en fin d’année scolaire.

-”Cela a permis de faire connaître un peu plus la musique classique ici. J’ai même organisé une rencontre entre la musique symphonique et la culture hip-hop ! La culture, ici, fait davantage partie de la vie, parce qu’on n’a pas accès à des trucs grandioses comme l’opéra. Alors, on “fait culture” avec ce qu’on est et ce qu’on a autour de nous. Les liens qu’on crée sont plus vivants qu’en milieu urbain, plus authentiques.”

Hélène n’a pas ressenti de difficultés particulières à être une femme cheffe de choeur en milieu rural, mais elle sait que c’est plus difficile dans des milieux plus conventionnels, parce qu’on en demande toujours plus à une femme. Cependant la réalité, constatée par tous les connaisseurs, c’est qu’une même oeuvre musicale ouvre les portes d’une bien plus grande sensibilité quand elle est dirigée par une femme.

Entre son envie de rester libre de ses choix dans son activité professionnelle et la grande rigueur que demande la musique, Hélène a su trouver un équilibre où elle peut rayonner et mettre son enthousiasme et son dynamisme au service des autres. Des rêves un peu fous, elle n’en manque pas : monter un projet artistique polyvalent avec cent cinquante personnes sur scène, créer un spectacle avec une percussion géante sur laquelle elle pourrait danser, ou alors partir pour un long voyage en voilier avec une équipe sympa…

Quand on lui dit : “ Avec les compétences et le talent que tu as, qu’est-ce que tu fais en Ardèche ? Tu pourrais jouer dans la cour des grands !” , cela la fait rire : elle se sent bien ici, ce territoire lui plaît et lui permet d’être elle-même.

“Le talent, c’est d’abord du travail et ensuite donner ce qu’on est. Ce qui me permet de créer, c’est la connexion à mon corps et le lien à autrui. Par la création artistique, on prend soin du lien qu’on tisse avec les autres”.

Mais voilà qu’une petite élève arrive pour son cours de violon ! Nous n’avons pas vu le temps passer auprès de cette personnalité débordante d’idées et d’enthousiasme. Nous prenons congé et, depuis la rue, nous parvient, par la fenêtre ouverte, le son d’un violon qu’on accorde. Hélène, nous te souhaitons de continuer à danser sur la partition de ta vie.

 

 

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